Vélibre

Vélo. Libre. Vélibre.

La côte des braves

Quel départ! Je n’ai jamais été aussi à la dernière minute pour me préparer pour un voyage à vélo. Déjà j’ai mis un temps incroyable à me décider à partir. Je finis cette année 2025 sur les rotules (et elles sont fragiles, mes rotules). Le deuxième semestre a été très dense au travail, je n’ai pas pris de vacances depuis cet été, j’ai attrapé la grippe qui m’a mis à terre (au sens propre). Donc je n’ai plus beaucoup d’énergie, ni de motivation. Mais passé Noël, et en particulier parce que j’ai besoin de soleil et de lumière, je me suis décidé. Hier! Et aussi mon fils m’a offert un livre photo en imprimant les textes et les photos de trois de mes voyages, tirés de ce blog Velibre. La traversée de l’Auvergne et du Périgord, le Tuscany trail, tous deux en 2021, et les lacs suisses cette année au printemps. Ça m’a replongé dans mes voyages, que je ne revisite jamais, et ça m’a motivé à repartir sur la route, au guidon de mon fidèle Cannondale topstone. Merci beaucoup Tristan! J’ai eu la version numérique pour le moment, la version papier m’attendra à mon retour normalement. Ça fait plaisir aussi de revoir les amis qui ont participé (Pascal) ou chez qui je suis allé (Rolf). Ça m’a rappelé que ces voyages ne se racontent que finalement très peu, les photos en particulier me rappellent des moments qu’il n’y a que moi pour me souvenir, des émotions que j’ai vécu à ces moments là. Et ceux qui y étaient. C’est vrai d’ailleurs pour toutes les photos du monde. Ces émotions sont gravées en moi maintenant, et je peux les revivre grâce à ce blog, qui les fait resurgir de ma mémoire. J’espère, aussi, faire profiter, un peu mes lecteurs, de ces petits moments de grâce où le bitume est si lisse, la lumière si limpide, les nuages si bien formés, l’herbe des bas côtés si bien plantée, la pluie si intense parfois, le vent qui caresse mon visage, le soleil qui brûle ma peau. Et la nature environnante si belle et si diverse. Des roches Tullière et Sanadoire, jusqu’à la piazza del Campo à Sienne, aux rives du lac Léman. La terre est infinie et c’est tant mieux!

Donc me voilà reparti, finalement. Mais les préparatifs ont été intenses. J’ai voulu ajouter du liquide préventif dans les pneus tubeless, tout c’est bien passé pour la roue avant, nettoyage de la valve un peu encrassée, remontage, gonflage, claquage du pneu sur la jante, parfait. Mais pour la roue arrière, ça ne s’est pas passé de la même manière. Il y avait déjà suffisamment de liquide, donc le supplément a fait fondre le liquide déjà solidifié et a empêché le pneu de se coller à la jante. Impossible de regonfler le pneu, l’air sortait partout. J’ai fait une pause espérant qu’en séchant le liquide referait l’étanchéité, mais non, rien à faire. À 18h, j’ai décidé de mettre une chambre à air, mon train était à 20h08! Démontage du pneu, lavage du pneu sous la douche, séchage, montée de la chambre à air, du pneu (difficile), gonflage. Ouf ça marche. C’est magique les chambres à air! Sacoches finalisées, montées sur le vélo, graissage de la chaîne, habillage, je suis prêt, il est 18h50. Et je m’aperçois qu’il manque cette petite rondelle qui bloque la valve sur la jante. Est ce que je l’ai oubliée? Est-elle a l’intérieur? Je devais partir à 19h. 5 secondes de réflexion. Et hop je décide de re-démonter mon pneu pour voir si la rondelle est à l’intérieur du pneu. J’ai dix minutes. J’ai du mal à démonter le pneu, finalement j’y arrive, je trouve la valve, et il n’y a pas de rondelle. 10 minutes de perdues pour rien. Je remonte le pneu, je met la petite rondelle qui traîne dans les pièces de rechange, remontage de la roue sur le vélo. Je suis mûr pour monter un atelier de réparation de vélos je crois. Bien sûr il y a quelque dernières babioles à faire, donner à manger au poisson, faire un tour pour voir si je n’ai rien oublié, sûrement que si. Je suis devant l’ascenseur finalement à 19:25. Ça va. Il me faut 20 minutes pour aller gare d’Austerlitz, ça va. Départ par une nuit noire, descente du canal côté quai de Jemmapes, très peu de gens dehors. Je ne pourrais pas dire s’il fait froid ou pas, j’ai trop d’adrénaline dans le corps pour faire confiance à mes sensations. Mon vélo roule si bien, chaque fois que je pars, je m’émerveille de sa nervosité, et en même temps de sa douceur. Il me calme. Au bout de dix minutes, je confirme, il fait froid. Je m’arrête mettre des gants. Arrivée Gare d’Austerlitz à 19:45. En avance. Bien. Je vais acheter à manger, je n’ai rien mangé depuis hier midi, à part deux tartines ce matin (j’ai ouvert un pot de confiture d’orange que j’ai fait il y a une semaine, fameuse!). Le train est annoncé avec 10 minutes de retard, puis 20 minutes.

Et qu’est ce qu’on fait en attendant un train en gare? Eh bien on parle vélo et voyage avec un grand type qui vient me brancher et me demander des conseils. Que je prodigue bien sûr avec le plus grand plaisir qu’on a à partager son expérience, sa passion, mais aussi, je ne me le cache pas, je suis flatté qu’on me demande des conseils. Le type vient d’acheter un Kona cadre acier, et va se lancer bientôt. Tout y passe, les lumières, les sacoches, les pédales automatiques, le petit porte bagage maison, le compteur gps, les itinéraires avec Komoot. Je lui donne l’adresse de mon site, il a l’air content. Je souris. Il ne sais pas que je vais parler de lui.

Le train est enfin annoncé et on se dit au revoir et bon voyage. Et bonne nuit. Oui, parce que je prends un train de nuit couchettes, avec espace vélo. Donc pas de valise, pas de démontage, je pose le vélo dans l’espace dédié, je l’attache, le libère de ses bagages et direction mon compartiment couchette. La place 92 n’existe pas! Le contrôleur me donne la 21, ça me va bien, je serai juste à côté de l’espace vélo.

J’attendais ce moment depuis assez longtemps. J’adore les trains couchette. C’est encore plus un voyage, je trouve, qu’un train de jour. Et puis on ne perd pas trop de temps dans le transport. Mais c’est surtout ce sentiment fort de voyage que j’apprécie. J’ai beaucoup fréquenté les trains de nuit entre Brest et Paris. Certains avaient de drôles de parois tordues qui suivaient les courbes des corps, plus large au niveau des épaules et de hanches et moins au niveau des pieds. Et pas horizontales non plus, la tête et les pieds plus haut que les fesses. Un peu comme les couchette de Tintin dans « On ira marcher sur la lune ». Mais elles étaient disposées tête-bêche, ce qui devait permettre de gagner un peu d’espace et de créer un compartiment supplémentaire. Un délire d’ingénieur, fan d’Hergé.

Les draps SNCF, c’est fini. Il y a maintenant de vrais sacs de couchage, assez larges, avec un drap à l’intérieur, solidaire du sac et, franchement, c’est bien fichu. Nous sommes trois dans le compartiment, dont un gros ronfleur, qui n’a pas attendu longtemps avant de s’exprimer pleinement. Où allons nous tous les trois? Ça fait assez longtemps en revanche que j’ai fait mon itinéraire. Direction le sud, pour sortir de la grisaille, avoir du soleil et de la chaleur. Gagner une petite dizaine de degrés. Je pars sur la Costa Brava.

Bien sûr c’est la côte qui m’attire depuis longtemps, depuis que j’ai l’ai découvert vue d’en haut, quand j’ai achevé mon voyage à pied sur le GR10, en arrivant au dessus de Banyuls sur mer. C’est de là que j’ai démarré un de mes tout premiers voyages, le long de la Méditerranée jusqu’à Menton. J’ai encore en tête cette côte espagnole si découpée, on l’on devine une multitude de petites criques minuscules. À perte de vue. Il y avait aussi une sorte de brume orange-violette. Je m’étais promis d’y revenir. Mais il y a aussi un patrimoine architectural et artistique non négligeable. Et c’est accessible en train de nuit. Et en cette saison délaissée des touristes, c’est probablement le bon moment d’y revenir. Avec vous.


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Commentaires

Une réponse à “La côte des braves”

  1. Avatar de Fenies Dom

    Eh bien super ce voyage impromptu !!! A tres vite de te lire cher François !

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