Vélibre

Vélo. Libre. Vélibre.

Cres, retour en Istrie

On a fait pas mal de plans différents pour envisager notre retour, et on s’est mis d’accord pour rejoindre Rijeka par un ferry journalier qui part de Cres vers 8:30. Puis rejoindre Ljubljana en train, puis Trieste en train également, puis retour. On va profiter de notre dernière journée de soleil pour visiter Cres un petit peu, pas autant que prévu, mais c’est déjà ça. On va dormir à Cres ce soir et prendre le ferry demain lundi matin. La météo est changeante mais reste quand même orientée vers une petite semaine de pluie et d’orages. Notre voyage à vélo touche probablement à sa fin.

On va prendre un petit déjeuner en terrasse à Cres. Le village est petit, avec un petit port, des cafés et restaurants. Rien d’extraordinaire mais sympa. Justement, parce que le village est simple, il y a peu de touristes et une meilleure ambiance plus authentique.

Notre mission ce matin est d’aller vérifier l’horaire du ferry demain. On se dirige vers le bureau des touristes qui se trouve sur le port. Une femme est derrière le comptoir et on lui pose la question de l’horaire du ferry pour Rijeka. Elle parle très peu anglais.

– Il n’y a pas de ferry

– Ah bon ? Mais pourtant on nous a dit qu’il y avait un ferry pour Rijeka depuis Cres

– Il n’y a pas de ferry. Il y a un bateau rapide, pour des passagers, mais qui ne prend pas les vélos.

Stupeur. Tout notre plan s’écroule tout d’un coup.

– Et est ce qu’on peut aller à Porozina?

– Il n’y a pas de ferry pour Rijeka de Porozina

– Mais comment fait on alors pour rejoindre Rijeka?

– D’où venez vous?

– Nous venons de Krk

– Alors il faut retourner à Krk, reprendre le pont et retourner à Rijeka.

Malheur. On ne se voit pas du tout se refaire la même route en sens inverse, et ses montées terribles. On sort de l’office de tourisme un peu sonnés. On échange sur les solutions, et on ne peut pas imaginer sa solution. Et on se dit qu’on peut passer par Porozina, au Nord de l’île, comme prévu au départ du voyage.

Je retourne à l’office de tourisme, et lui demande quels sont les horaires du ferry à Porozina. Elle me répond que c’est plus court d’aller à Krk. J’insiste et elle finit par me donner les horaires. Il y a un ferry toutes les heures et demi. Il y a 26km, 5km de montée entre 5 et 8%, à 300m, avec un petit coup de cul à 11% à la fin. Puis une montée plus tranquille de 10km. Enfin un descente bien raide comme toujours, pour rejoindre l’embarcadère. On se dit que la personne de l’office de tourisme aurait pu être un peu plus force de proposition.

Pas vraiment le choix. On oublie la visite de Cres, et on attaque la montée. Pascal s’envole comme d’habitude, et c’est parti pour 5km de montée bien raide. Je ne sais pas combien de fois je vais m’arrêter. Mais j’y vais tranquillement, c’est le matin, on est frais donc ça passe. J’atteins le premier sommet, un groupe de personnes se prend en photo sur une table en béton donnant vers l’est. Il y a une barrière de sécurité, je fais le tour pour profiter aussi du paysage. Quand j’arrive vers la table, le groupe comprend que je veux moi aussi aller vers la table et me libère l’espace. Un des types vient vers moi.

– Combien de kilomètres allez vous faire aujourd’hui ?

– Oh, aujourd’hui pas beaucoup, seulement 26 et peut être encore une dizaine de l’autre côté.

– Et quel âge avez vous?

– 62

Le type me tends la main et on se sert la main chaleureusement. Dans son autre main, il tient une canette de Monster. Je lui dit :

– Vous savez, il faut choisir entre ça (je montre mon vélo) et ça (je montre sa canette).

Le groupe rigole à ma blague. Je suis un peu gonflé, n’ayant pas moi-même un physique de grand sportif.

Je reprend l’ascension qui est maintenant beaucoup plus raisonnable. Il y a vraiment peu de voitures, j’atteins un autre sommet où il y a des travaux, on est dimanche donc il n’y a personne, sauf des moutons en liberté (Cres est le royaume des moutons). Une ambiance un peu bizarre. Et puis ensuite une longue descente, bien raide. Vers la fin je croise un couple de cyclistes qui monte en sens inverse. On se fait des signes, je les encourage, ils sont hilares. Pourtant ça grimpe hyper fort pour eux.

Pascal m’attends, il me dit que j’ai le temps d’acheter une boisson, j’en profite pour acheter une barre Bueno, et on monte dans le ferry. De nouveau une petite croisière, on s’arrête juste un moment pour laisser passer un porte-container, qui avance hyper lentement, c’est étrange. Pascal me parle d’un film où un cargo vient s’échouer sur une plage, « le monde après nous ». On a passé pas mal de temps ces jours derniers, à se raconter nos films préférés, nos livres préférés, ou plutôt qui nous ont marqués. J’ai eu beaucoup de mal à faire un classement de mes cinq films préférés. Alors que pour mes cinq livres préférés, ça a été beaucoup plus simple. Bizarrement, mon livre préféré et son film préféré raconte la même histoire : Robinson Crusoé.

Arrivée à Brestova, on laisse partir les voitures pour avoir la route pour nous. La côte est courte mais hyper raide encore une fois, autour de 10% et plus, pour monter sur la corniche à 240m. Je la monte quasi entièrement à pied. Interminable. Arrivés en haut, on ne pense qu’à trouver un logement pour la nuit, et on réserve un petit appartement à Brsec. C’est vraiment rudimentaire, tous les meubles en melamine imitation bois. Certes il y a deux lits, mais un seul a un drap de dessus, aucun n’a de draps de dessous. Enfin, ce que j’appelle un drap. Il y a une sorte de couvre matelas, un peu rêche et très élastique. J’envoie un message à la propriétaire, et je pars prendre une douche. J’entends au bout d’un moment des sons de voix, et j’imagine qu’elle est venue voir. Je sors de la douche, et demande à Pascal. Il me dit qu’elle a amené un drap de dessus pour le lit de Pascal, et que pour elle, ce sont des draps. Pascal a eu beau expliquer qu’en France les draps de dessous sont faits de la même matière que les draps de dessus, rien n’y a fait. Je pense qu’elle se moque de nous, et c’est dommage parce qu’elle va se prendre un sale commentaire sur Booking. Enfin ça nous fait une histoire à répétition pour les prochains jours. Un peu comme le sel à Pula. Qui nous occupera jusqu’à la fin.

On dîne dans un des deux restaurants du village. Mais auparavant, on fait un tour du village, un dédale de petites ruelles en escaliers, qui tournent autour des maisons en pierre. Tout est très bien entretenu. On sent que les habitants et le maire tiennent à leur village.


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